MXVOICE SESSIONS #17 : RODOLPHE BEAU

Certains parcours sont remarquables, d’autres dépassent les rêves les plus fous que l’on puisse imaginer.. Celui de Rodolphe BEAU fait partie de ceux-ci.. « La vie » ne lui a pas fait de cadeaux, mais ce n’est pas pour autant qu’il en est ressorti amer ou revanchard.. Aujourd’hui en charge du développement des Motos destinées au Dakar pour Yamaha Motor France, Rodolphe a su mettre ses différentes compétences ; et elles sont nombreuses ; au service des « Bleus » depuis maintenant 5 ans.. Micro..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Rodolphe, comment vas-tu et que deviens-tu.. ?

Rodolphe BEAU : Hé bien ça va comme tu peux le voir et ça fait 5 ans que je bosse pour Yamaha « sur le programme Dakar » depuis l’année où ils avaient signé Cyril Despres, je suis arrivé en même temps.. Je m’occupe de la Conception, du Dessin, du suivi de fabrication de toutes les pièces spéciales que l’on met sur la 450 pour le Rallye..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : C’est un job à plein temps j’imagine puisqu’il faut préparer les Motos longtemps à l’avance..

Rodolphe BEAU : Je suis en contrat à l’année avec Yamaha et suis toujours en décalage par rapport à la compétition, quand ils sont sur le Dakar, moi, de mon côté, j’ai fini mon travail.. Je recommence à travailler sur les Motos pour le prochain Dakar à la fin du mois de février.. Nous effectuons une première réunion, puis je recommence à travailler sur le développement des motos afin de voir ce que l’on fait, quel programme on choisit, quelle direction on prend.. Et en fonction de ces choix je vais travailler sur les Motos..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Je ne vais pas te demander sur quoi vous allez travailler mais j’imagine que le Dakar est une course qui peut se perdre avec un « simple pot cassé »..

Rodolphe BEAU : Oui, tout à fait, c’est une des courses les plus exigeantes, parfois ils roulent jusqu’à 500-800 kms par jour et nous si tu veux à la base ce n’est pas une Moto de Rallyes.. Au départ on prend une WR 450 F classique et on en fait une Moto de Rallyes.. Donc nous avons un gros travail de développement chacun dans sa partie, moi je m’occupe de tout ce qui est « environnement de la Moto », cela peut aller des réservoirs, des pièces carbones, des pièces usinées, tout ce qui fait partie des éléments que l’on vient greffer sur la Moto.. Ensuite, il y a du développement moteur, de l’électronique, il y a pas mal de choses..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Tu faisais déjà partie de ce programme lorsqu’il y avait encore de grosses cylindrées sur le Dakar, où l’on avait des machines qui prenaient 180-200 kms/h dans certaines sections.. ?

Rodolphe BEAU : Oui mais tu sais nous elle prend 187 kms/heure la 450.. Les Honda sont un petit peu plus rapides, pas beaucoup plus, mais voilà, les performances atteintes désormais sont quasiment égales au grosses machines qu’ils avaient à l’époque, des « 690 » de chez KTM par exemple.. C’est énormément de travail parce que pour atteindre un niveau de performances comme ça, il faut s’en occuper, c’est costaud.. Yamaha a une manière de travailler par rapport aux autres Marques, Yamaha Japon nous donne les moyens techniques et financiers afin de développer ce programme mais ce programme est entièrement géré par une « petite équipe ».. Nous sommes 5 à développer cette Moto.. Ce n’est pas le même fonctionnement que le HRC ou KTM.. Nous, tout est fait en interne..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Alors justement est-ce que sur une pièce comme le pot d’échappement Vous pouvez avoir de l’influence.. ?

Rodolphe BEAU : Yamaha possède un contrat mondial avec AKRAPOVIC, ce sont des pots qui sont vraiment spécifiques à la Moto.. Tu sais une Moto de Cross ce n’est pas conçu pour accélérer une demi-heure en pleine charge à fond pendant 90 kms, ce n’est pas fait non plus pour rouler à 4 800 mètres d’altitude, il y a tout un tas de paramètres techniques à prendre en compte et qui n’ont rien à voir avec une utilisation « normale » d’une Machine de Cross.. Il faut donc revoir ces paramètres, la boîte de vitesse, les embiellages, les arbres à cames, toutes ces parties sont développées spécialement pour le Rallye.. Aujourd’hui nous arrivons à maturité pour rouler devant en Rallyes.. Cette année ça a failli passer.. Van Beveren ne tombait pas à 3 ou 4 étapes de la fin, il sortait avec 49 minutes c’était plié pour KTM.. Nous avons été en tête durant quasiment tout le Dakar jusqu’à sa chute.. La Moto est performante, les Pilotes, l’Équipe, ça peut gagner.. Ça tient à peu de choses.. Les Motos sont adaptées à chaque Pilote, la Moto de base est presque la même pour tous les Pilotes mais on change pas mal de choses, Xavier De Soultrait ne roulait pas avec les mêmes suspensions, Adrien Van Beveren en avait d’autres..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Mais alors où a été l’avantage de passer aux 450.. ?

Rodolphe BEAU : Tous les Constructeurs ont une 450 au catalogue et peuvent tous s’impliquer.. Aujourd’hui ce n’est pas le cas mais s’ils le veulent, du jour au lendemain ils peuvent s’y intéresser.. Je pense aussi qu’avec les grosses cylindrées, cela serait arrivé à un tel niveau de performances que cela serait devenu dangereux.. On ne se rend pas compte mais les Pilotes roulent de très grandes distances chaque jour.. Et nous pour te dire, nous effectuons le Dakar avec 1 moteur.. Parce que si tu démontes tu prends tout de suite un peu de pénalités et prendre une pénalité quand tu joues les premières places, cela n’est pas possible.. À tous les niveaux c’est très exigeant.. Moi j’ai un contact direct avec le Japon et si je rencontre un problème je leur envoie un mail et je vois ce qu’ils peuvent nous renvoyer comme informations.. Tout le monde est très impliqué, José Leloir, Alexandre Kowalski, mais on passe parfois par Yamaha Japon pour avoir des conseils..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Le plus gros stress c’est la casse durant une étape.. ?

Rodolphe BEAU : Oui, imagine, nous avions une étape que nous redoutions un peu, il faisait du style 50 degrés c’est de la dune qui fait 1,50 m avec de l’herbe et là-dedans tu roules à 20 kms/h.. Tu ne refroidis pas, c’est comme ça pendant au moins 100 kms et il faut que les Motos passent.. Tu verraient comment elles sont compliquées, les faisceaux électriques, les passages des fils.. On travaille toute l’année pour une course.. Nous avons également de l’acquisition de données sur la Moto.. Un Pilote argentin ; Franco Caimi ; travaille pour nous, il effectue en permanence des tests.. Nous avons donc une Moto en Amérique du sud et lorsque l’on a besoin d’effectuer des tests d’altitude par exemple on envoie une équipe pour réaliser ces tests.. Tout le monde le fait, Honda et les autres, nous les croisons sur les pistes.. En termes de retombées, le Dakar se situe dans une période « creuse » de l’année au niveau sportif, donc pour Yamaha c’est important d’y être et en termes de retombées médiatiques sur les réseaux sociaux, dans la Presse, le Dakar se positionne juste après le MOTOGP.. Nous avons même une formation de la part de Yamaha pour réaliser au mieux du « Social Media » afin de partager les bonnes infos sur les réseaux sociaux.. Moi en ce qui me concerne je suis en contrat à l’année avec Yamaha après j’ai aussi travaillé sur le réservoir des Motos de l’Enduropale.. En permanence j’ai des pièces que j’ai réalisées qui tournent chez Yam’ en Tout-Terrain.. J’ai également monté une petite structure au Mans dans le Technopark, collée au circuit des 24 H, j’ai un petit atelier avec un Mécanicien que l’on rémunère avec un petit budget et je fais rouler un jeune Pilote franco-marocain qui va faire le Cadet cette année.. Ça, c’est plus par passion et par la connaissance de son père..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING :Parlons Supercross, est-ce qu’aujourd’hui tu penses qu’on peut être devant si on achète ses propres Motos comme Chad REED et quelques pièces Usine, si toutefois il avait la « gagne » qu’il avait il y a 10 ans.. ?

Rodolphe BEAU : Oui moi je pense que ce serait possible.. C’est ça qui reste sympa dans le Motocross et le Supercross, cela reste « un Sport de Pilotes ».. Tout ce qui aide c’est tout l’environnement qu’il y a autour plus que le matériel, parce que je suis sûr qu’entre la Moto de Roczen et celle de Reed, en termes de performances, c’est très proche.. Il y a toujours une petite différence et celle-ci avantage toujours l’autre maintenant je pense que le travail durant toute l’année et surtout le développement, faire une Moto qui marche ça va aller mais après il faut que la Moto évolue tout au long de la saison.. En 450 ça va encore mais quand tu vois les 250 ça bosse grave.. Tu vois, chez Pro Circuit, les mecs n’arrêtent pas de tester du matériel.. Le plus gros problème de Reed c’est qu’il est un peu « rincé », en plus il est sur une Moto qui ne lui convient pas forcément.. Il y a aussi beaucoup d’électronique et cela assiste beaucoup les Pilotes, cela permet d’essayer des choses et de les vérifier avec les Pilotes.. Nous, sur les Motos de Rallyes, on a 7 ou 8 courbes d’injection qu’on rentre et en fonction de l’altitude à laquelle ils roulent, les Pilotes peuvent changer pas mal de paramètres..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Oui parce qu’il y a le poids entre autres, j’imagine qu’il faut qu’ils gardent un poids constant..

Rodolphe BEAU : Nous le poids, ça varie beaucoup, parce qu’on embarque aux alentours d’une trentaine de litres d’essence, tu peux avoir une variable de plus ou moins 30 kgs, tu as donc une Moto qui doit être équilibrée entre le moment où elle est pleine et le moment où elle est vide.. Elle doit fonctionner d’une manière identique.. C’est une des difficultés de ces Motos de Rallyes, c’est qu’il y a beaucoup de paramètres qui évoluent, la façon dont tu consommes ton essence, tu vois nous on a plusieurs pompes à essence sur la Moto, un coup tu peux l’équilibrer plus sur l’avant ou plus sur l’arrière, ça dépend du types de terrain que tu vas rencontrer.. Tu n’as pas de performances si tu as une Moto « lourde ».. On a pas le temps de se louper sur des choix techniques parce qu’on met six mois afin de mettre une Moto au point.. On aura pas le temps de faire marche arrière.. On fait du testing au Maroc et entre le moment où on dit « ok la Moto est validée » et où on la construit on a 2 mois.. Et 2 mois sachant que les pièces sont fabriquées un peu partout en Europe il se passe du temps, et il sera impossible encore une fois de faire marche arrière..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Est-ce que le niveau général des Pilotes a augmenté ces dernières années.. ?

Rodolphe BEAU : Ah oui, nous ça va je pense qu’on a les meilleurs (sourires..) franchement, Adrien Van BEVEREN pour moi c’est la référence en Rallyes.. Techniquement il est bon sur tout type de terrain, il navigue très bien, il est très intelligent il parle 2-3 langues.. Xavier De SOULTRAIT est également un très bon.. Je ne veux pas forcément critiquer la Concurrence mais un Pilote comme BARREDA n’arrivera jamais à gagner le Dakar.. En plus il est entouré de gens chez Honda qui ne lui disent que d’accélérer..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Un Pilote comme Short, tu penses qu’il a l’intelligence pour.. ?

Rodolphe BEAU : Je ne sais pas tu vois.. Je pense que ce qu’il a fait c’est plutôt bien, il vient d’un milieu complètement différent mais oui je pense qu’un gars comme ça il peut se révéler.. Il faut certaines capacités d’analyses, tu ne peux pas simplement « visser ».. Alors BARREDA on le voit faire parfois des coups d’éclats à la TV, mais tu sais ce qu’il fait.. ? La veille il n’a rien fait, il part 7-8-9-10 ème et ça part toutes les 3 mn, toutes les 3 mn ils lâchent un Pilote, hé bien, BARREDA il débranche le roadbook, il roule dans les traces à bloc et des fois il oublie qu’il y avait un danger qui était signalé sur le roadbook et puis « il monte en l’air ».. C’est pour ça qu’il ne termine aucun Dakar en fait..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Oui parce qu’il ne faut pas oublier qu’après tu es seul maître de ta course..

Rodolphe BEAU : Oui c’est pour ça que l’on a dans le Team Rodney FAGGOTTER, un australien, qui lui est censé donner un coup de main aux Pilotes si besoin.. Il a un bon niveau, il part avec quelques pièces en plus sur la Moto et il est là principalement pour porter assistance.. Ce qu’il faut voir ce sont les moyens mis en œuvre pour gagner une course comme le Dakar.. Nous, de notre côté, le niveau de préparation des Motos, l’assistance qu’il y a entre chaque étape le soir, ils faut savoir qu’ils dépouillent toutes les Motos, tout est revu, contrôlé, le matin, le Pilote repart avec une Moto « neuve ».. On a de quoi monter 12 Motos en tout dans le camion, plus les roues, les pneus c’est énorme.. Tu construis une Équipe, tu mets en place des choses, tu prends de l’expérience, tu apprends beaucoup de tes erreurs et tu t’améliores.. Le Problème chez Honda c’est que tous les ans ils remettent tout en cause, « on efface tout on refait une autre équipe ».. Bah non ce n’est pas la bonne stratégie..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Comment arrives-tu à te remettre en question.. ?

Rodolphe BEAU : Si tu veux je n’arrive pas non plus de nul part, j’ai une expérience de Pilote, j’ai travaillé dans l’industrie pour différentes Marques comme « SCAR », « NEKEN « , après ça je maîtrise aussi l’outil informatique pour les dessins, j’ai aussi une bonne expérience sur les différents matériaux et puis après c’est beaucoup de réflexion.. La première fois que j’ai fait des réservoirs chez ACERBIS, j’ai fait des prototypes, j’ai fait les dessins, et quand les réservoirs sont arrivés, j’ai été convoqué chez Yamaha.. Il y avait Éric de SEYNES qui était là et le Chef Mécano a fait « OK ça se monte bien », mais ça c’était il y a 5 ans, aujourd’hui personne ne me dit plus rien mais y’a 5 ans quand tu lançais un outillage qui valait plusieurs dizaines de milliers d’euros pour sortir des réservoirs en plastique il ne fallait pas te louper quand même.. Au début, les pièces je maquette tout à la main, je fais un prototype, je modélise tout à la main je scanne toutes les pièces je fais des impressions en imprimante 3D, je vais 5-6 fois dans l’année chez ACERBIS par exemple.. Il faut toujours anticiper pour espérer gagner une course comme le Dakar.. Sur le Dakar pour te donner une idée on va passer de – 3 à + 55 degrés, on a autant de problèmes pour chauffer le moteur que pour le refroidir..

(Exclusive Interview/Interview Exclusive © 2018 MXVOICE.RACING – Jérôme FARAILL, Photos : Remerciements Rodolphe BEAU & Yamaha Motor France..)

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