MXVOICE SESSIONS #11 : JOEL SMETS

Légende parmi les légendes du Motocross Mondial, Joel SMETS continue de coacher de jeunes Pilotes au sein de la structure KTM Factory.. Nous avons eu la chance de pouvoir lui poser quelques questions concernant le Motocross Mondial, voici ses réponses..

Pauls Jonass 250 SX-F Frauenfeld

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Joel, tu as arrêté ton coaching de l’équipe belge pour le Motocross des Nations.. On a senti comme une sorte de lassitude chez Toi à ce sujet..

Joel SMETS – KTM MOTOCROSS SPORT DIRECTOR : Oui c’était aussi le fait que ces dernières années j’étais très occupé par mon job, je ne pouvais plus faire les choses comme je le voulais les faire, mais c’est aussi qu’en Belgique il nous manque une structure, nous avons trop de fédérations amateurs, nous ne sommes pas assez « unis » et à cause de ça depuis déjà de nombreuses années nous ratons des victoires ainsi que du soutien du côté de notre gouvernement.. Nous manquons de perspectives pour l’avenir.. Je ne vois pas vraiment de futur pour le Motocross ici en Belgique..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : On vient d’assister au retrait des GP’s de Stefan EVERTS ( !) ce qui pour les Fans est quelque chose d’impensable et on en vient à se poser des questions « mais qu’est-ce qu’il se passe pour qu’on en arrive à ce type de situations.. ?? »..

Joel SMETS : Pour ma part je trouve que cela ne fonctionne pas trop mal parce que je vois les autres marques qui investissent pas mal.. Après, toutes les autres marques ont commencé à soutenir également des Teams en MX2 et là c’est certainement devenu trop cher.. J’ai l’impression que les Usines font un pas en arrière en disant que « ok ils font beaucoup d’investissement en MX1 et que cela suffit pour promouvoir la Marque et le Sport et donc il laissent un peu tombé le MX2 qui est « le futur ».. On se retrouve pour moi dans une situation plus logique avec au lieu d’avoir de vrais Teams Usine en MX2, on se retrouve avec des Teams semi-officiels, ce qui est pour moi une situation « plus normale ».. On peut effectivement se demander si d’aller rouler des GP’s Overseas est « nécessaire ou pas » mais nous avons toujours été rouler là-bas.. Moi aussi à mon époque je suis allé rouler en Australie, au Japon en Amérique du sud, ok peut-être pas 5-6 fois par an mais aujourd’hui le championnat compte 20 GP’s alors qu’à l’époque il en comptait 12-14-16.. On peut tout de même constater qu’en MX1 les Usines continuent à investir et on peut donc considérer qu’il sont satisfaits du retour sur investissement..

Glen Coldenhoff 450 SX-F Orlyonok

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Oui en même temps très peu de Pilotes en MX1 sont bien payés, le reste ne gagnent pas vraiment bien leur vie.. Il y a beau y avoir de gros semi-remorques dans le paddock ce n’est pas pour autant que l’argent coule à flot quelque part..

Joel SMETS : Oui c’est vrai et c’est une chose qu’on ne peut que regretter évidemment.. Je pense qu’on se dirige un peu vers une situation que l’on retrouve en MOTO GP.. Là aussi je suppose que la plupart des Pilotes gagnent bien leur vie, je sais par exemple que le belge Xavier Siméon qui va rouler en MOTO GP l’année prochaine va emmener des sponsors mais ne va pas gagner beaucoup d’argent.. En MOTO 2 c’est pareil, il y en a quelques-uns qui gagnent leur vie mais à part ceux-là les autres payent pour rouler.. En Motocross la situation est devenue un peu similaire..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : On assiste à un vrai déploiement de forces de la part d’Husqvarna (qui a été rachetée par KTM..) partout dans le monde et dans toutes les catégories du Sport Moto.. Husqvarna disposerait donc d’un gros budget pour signer tous ces Pilotes.. On dit souvent en France cette phrase « le Motocross est un Sport de riches pratiqué par des « pauvres » »..

Joel SMETS : Oui, tout dépend toujours du nombre de Motos vendues, on a pu constater qu’Husqvarna a vendu pas mal de machines donc c’est normal que les budgets « Pilotes » augmentent.. Moi, lorsque j’ai débuté, j’avais des moyens aussi très très limités, avec les primes d’arrivée que l’on touchait et les frais de déplacements on pouvait progresser disons, moi encore une fois, j’ai commencé avec « zéro budget », mais à l’époque c’était jouable parce que lorsque tu faisais des résultats que tu gagnais tu pouvais continuer et progresser.. Aujourd’hui pour commencer tu as besoin d’un budget « sérieux » pour débuter en Grands Prix c’est certain..

Pauls Jonass_Team_KTM 250 SX-F_Villars sous êcot 2017

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Un des problèmes en GP’s actuellement c’est qu’un Team privé ne pourra pas aller faire les GP’s Overseas et donc de ce fait perdra des points très importants face aux Teams Usine..

Joel SMETS : Oui c’est vrai mais normalement un Team privé ne va pas « jouer le Titre », c’est vrai que pour ce type de Teams les déplacements sont probablement trop chers mais en même temps ils peuvent aussi rester concentrés sur le reste du championnat avec 14-16 Grands Prix disons « ici en Europe » et leur permettre de se mettre en valeur sur ces GP’s.. Ensuite si ces Pilotes privés font de bons résultats et gagnent 3-4 GP’s, ils vont se faire remarquer par les Teams d’Usines.. Si tu termines 4-5-6-7 cela ne fait pas beaucoup de différence, mais au bout du compte tu seras plus mis en valeur dans le championnat si tu réalises ‘6 au Mondial en remportant 3-4 GP’s en « Europe », tu vas avoir plus de chances qoe le Pilote qui va terminer 4 ème sans avoir fait vraiment parler de lui..

Jeffrey Herlings 450 SX-F Loket

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Tu continues en 2018 avec KTM comme Coach sportif donc..

Joel SMETS : Oui voilà, je vais m’occuper de Jonass, Herlings et Coldenhoff.. Tony et Prado travaillent sous l’auvent de Claudio De Carli et c’est Claudio qui s’occupe d’eux..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Concernant la gestion des GP’s par le promoteur Youthstream, nous, la Presse, avons sans l’avoir le « droit de parler de ce sujet ».. Il existe une certaine « Omertà ».. Je sais que KTM est assez proche de Giuseppe Luongo.. Stefan EVERTS dans une Interview qu’il m’a accordée m’a indiqué avoir essayé de faire bouger les lignes en ce qui concernait justement le nombre de GP’s Overseas et regrettait d’avoir été le seul à soulever ce problème dans les discussion avec le promoteur Youthstream..

Joel SMETS : Oui c’est vrai les choses n’ont pas trop bougé.. Nous sommes tous que ce soit les Teams, les Pilotes et Youthstream « impliqués » dans ce championnat, et nous préférons des discussions ensemble peut-être un peu à l’écart des micros pour avoir des propos plus « détachés » par rapport à certains points comme celui-ci.. Cela ne veut pas dire pour autant que nous, constructeurs, sommes toujours d’accord avec les décisions qui sont prises par le promoteur mais on essaye de discuter sur ces points parce qu’il est quand même important de promouvoir notre Sport sans toujours critiquer.. On avance pas en discutant de ces choses « dans le public » car tu crées encore plus de frictions et cela ne nous aide pas non plus.. Quand j’étais plus jeune, j’ai été souvent « sur les barricades » (comprenez faisant partie de ceux qui n’étaient parfois pas contents et le montraient..) mais cela ne m’a pas vraiment aidé.. En prenant de l’âge, on comprend que le dialogue est le seul moyen de trouver des solutions..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : On a le sentiment que la communication chez KTM Autriche est très « verrouillée, encadrée », est-ce que c’est une impression ou alors le dialogue en interne est très libre, tout le monde peut évoquer des idées sur telle ou telle option.. ?

Joel SMETS : En interne oui mais c’est clair que la philosophie est de conserver nos méthodes, nos techniques « à l’intérieur ».. Je trouve personnellement que c’est tout à fait normal.. Tu le sais bien, que ce soit moi ou mon patron Pit Beirer, nous ne sommes pas sur les réseaux sociaux, on n’est pas comme Donald Trump (sourires..), être sur ces réseaux ne fait pas souvent avancer les choses et les affaires..

Joel Smets, Jorge Prado & Tony Cairoli Losail 2017

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Pour en revenir aux GP’s Overseas, il y a un cas de figure qui peut peut-être s’avérer dangereux lorsqu’on retrouve 40 Pilotes alignés sur la grille dont 20 qui n’ont parfois même pas un niveau « ligue »..

Joel SMETS : Oui c’est vrai que de temps en temps on retrouve des Pilotes qui n’ont vraiment pas le niveau mais j’ai connu ça il y a 30 ans aussi.. Mais à l’époque cela arrivait aussi qu’il n’y ait que 40 places sur la grille, mais nous étions 60 ou 80 aux qualifications et quand tu étais 45 Ème c’était dommage.. Et c’est vrai que le fait que certains Pilotes qui ne font pas tous les GP’s soient absents sur les GP’s Overseas et qu’on se retrouve alors avec 20 Pilotes locaux et le reste de la grille avec les 16-20 bons Pilotes mondiaux est un peu « étrange »..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Pour revenir à KTM, qu’est-ce qui fait clairement que KTM soit devant autant en MX2 qu’en MXGP, c’est l’investissement financier, c’est de choisir les meilleurs Coachs, c’est quoi « le secret KTM ».. ?

Joel SMETS : Je pense que c’est dû au fait que KTM prenne le côté « Racing » très très au sérieux ainsi que le développement.. Ils investissent beaucoup pas seulement dans les Pilotes mais également dans le matériel, ils sont toujours à la recherche du « meilleur » que ce soit dans l’humain que dans le matériel.. Le fait que KTM soit un Constructeur « européen » fait que les Ingénieurs se sentent un peu plus impliqués dans le Sport.. Il y a une vrai proximité.. J’ai l’impression que pour les ingénieurs japonais cela se passe « un peu loin de chez eux ».. Tout le monde chez KTM se sent impliqué dans la course.. Avec le concours de chacun de nos importateurs on garde l’œil sur les Pilotes qui vont bien de part le monde.. On est sans doute aussi plus impliqués que les japonais car nous avons une large gamme 50-65-85-150-125 cm3 etc.. Donc les jeunes commencent à rouler très tôt via nos machines et en ce qui concerne les gamins qui se font alors remarquer par nos importateurs, l’info arrive directement chez nous au siège..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : À l’aube de la saison 2018 est-ce que tu te sens confiant pour l’avenir des GP’s de Motocross ou as-tu des inquiétudes.. ?

Joel SMETS : Je reste quelqu’un de positif et bien que plusieurs Teams arrêtent et que cela « plombe un peu l’ambiance » je ne veux pas être trop négatif.. Je vois des choses perfectibles mais je vois aussi des choses qui ne vont pas mal.. Je pense même peut-être qu’il y a eu trop de Teams qui sont arrivés en GP’s mais ne se sont pas rendus compte du réel investissement à tous points de vue que cela demandait..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Une question qui n’a rien à voir avec le reste de notre discussion : pourquoi n’y-a-t-il jamais eu de Pilote belge qui était bon en Supercross au point d’aller faire carrière aux États-Unis.. ? Le Supercross ce n’est pas quelque chose « de belge ».. ?

Joel SMETS : Oui je pense que les hollandais non plus d’ailleurs.. Cela doit faire partie de notre Culture, tous nos exemples ; André Malherbe, Georges Jobé, Éric Geboers comme Stefan ou moi ; on n’a jamais vraiment rêvé d’une carrière en Amérique je pense.. Et aussi au niveau des infrastructures, ici en Belgique nous n’avons aucun circuit de Supercross..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Pour les Fans il restera toujours « la grande question » « et si on avait eu Stefan EVERTS sur une saison aux Etats-Unis ou Ricky Carmichael en GP’s quel aurait été le résultat pour chacun d’eux.. ?? »..

Joel SMETS : Oui mais c’est une question qu’on ne doit pas se poser parce que ce sont 2 mondes différents, c’est pareil en sport auto, c’est toujours difficile de comparer et je n’aime pas trop le faire.. Cela fait des années que Giuseppe aimerait réunir les meilleurs Pros des deux mondes mais à mon avis cela n’arrivera jamais..

KTM FREERIDE 250 F MY 2018_Studio_right front

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Dernière question, regrettes-tu le 2 temps parce qu’on a vu dernièrement Chad Reed qui était prêt à re-rouler sur un 2 temps pour un événement, ça revient pas mal chez les pratiquants..

Joel SMETS : Y’a des Fans des 2 types de machines, je suis connu comme un Pilote 4 temps parce que j’ai été un des premiers avec Jacky Martens a rouler avec des 4 temps « modernes ».. Le fait que les 2 types de machines soient toujours disponibles au catalogue de nombreux constructeurs donnent un peu de piment à la pratique du Motocross.. J’ai été en GP’s avec des CR 500 2 temps et j’ai vraiment adoré ces motos-là, et j’ai gagné les Championnats avec un 4 temps.. Pour moi, quand tu aimes bien les Motos tout-terrain, que ce soit une 4 temps ou une 2 temps, pour moi le plaisir est le même.. Je vais même plus loin, je vais te dire si dans 5 ou 10 ans on roule avec des Motos électriques je vais m’amuser autant.. Pendant 2 ans j’ai eu une Moto électrique d’Enduro chez moi immatriculée et j’ai pas mal roulé avec.. Au début c’est un peu bizarre et ce sentiment bizarre a fait place au même plaisir que le moteur thermique.. Le fait que la Moto ne fasse pas de bruit est vraiment un avantage.. Ça prend un peu de temps pour s’habituer mais après, les sensations sont les mêmes..

(Exclusive Interview © 2017 MXVOICE.RACING, Photos : KTM Racing, un Grand MERCI à Joel pour sa disponibilité..)

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