MXVOICE SESSIONS #15 : JOHN VAN DEN BERK

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Double Champion du Monde 125 et 250 successivement en 1987 et 1988, Entraîneur en Motocross depuis plus de 24 ans aux côtés des plus Grands Champions tels que Jeffrey HERLINGS, Clément DESALLE, Kevin STRIJBOS ou encore Christophe POURCEL en ce qui concerne les français, John Van Den BERK est une Figure du MX « Old School » Mondial..

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Aujourd’hui à la tête de la « JB PRO MX TRAINING », John délivre ses précieux conseils au sein de sa propre structure ainsi qu’en partenariat avec la « MXGP Academy »..

L’occasion pour « MXVOICE.RACING » de connaître ses avis sur le Motocross de 2018 comparé à celui des années ’80..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : John, tu entraînes de nombreux jeunes Pilotes, quelles sont pour Toi les principales différences entre eux et Toi lorsque tu roulais.. ?

John Van Den BERK : La principale différence est que lorsque j’étais Pilote Professionnel nous roulions plus « au caractère ».. En gros, c’était « laissons parler les autres, ne critiquons pas la Moto et donnons le Meilleur de nous-mêmes sur le circuit ».. Donc, de nos jours, ils sont beaucoup plus regardants en ce qui concerne la Moto, l’entraînement physique et d’un autre côté ils se trouvent plus d’excuses lorsque la réussite n’est pas là.. À mon époque, nous étions beaucoup plus actifs à l’extérieur en faisant du vélo par exemple.. Aujourd’hui les jeunes restent beaucoup plus enfermés avec les ordinateurs..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Beaucoup de jeunes Pilotes français rencontrent des difficultés en ce qui concerne la pratique de l’anglais.. Penses-tu que leur Fédération ou leurs Moto-Clubs devraient leur prodiguer des cours d’anglais.. ?

John Van Den BERK : Oui bien sûr.. La principale langue utilisée dans ce Sport est l’anglais donc si tu ne parles pas un bon anglais cela sera très difficile de trouver un bon Team et également d’avoir de bonnes communications avec les Mécaniciens.. Lorsque j’étais jeune j’ai rencontré ce problème justement, et je suis allé à l’école afin d’apprendre l’anglais parce que pour moi c’était très important afin de pouvoir communiquer..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Quels sont les fondamentaux de tes cours en Motocross.. ?

John Van Den BERK : je me considère comme « un produit » et je veux améliorer ce « produit ».. Mentalement, physiquement et techniquement.. Le but étant d’être plus « complet » dans l’approche globale du Sport.. Pas seulement pour être plus rapide ou pour améliorer sa technique et spécialement le caractère.. C’est une sorte de « package » afin de rendre les Pilotes plus « complets ».. Parfois ils ne sont pas plus rapides mais ils sont plus « complets » dans leur globalité mais nous obtenons de meilleurs résultats au bout du compte..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Peux-tu détecter un « Futur Talent » juste en quelques minutes.. ?

John Van Den BERK : Oui, je peux voir rapidement quel sera son niveau, et s’il sera un « Talent normal » ou un « Super Talent ».. Je vois passer lors de mes stages des milliers de Pilotes et la plupart des Pilotes de GP’s et je peux désormais définir la qualité du « Talent » que j’ai en face de moi parce que ce point précis qu’est le « Talent naturel » tu ne peux pas l’apprendre, c’est en toi, ou pas.. Tu es né avec un Talent ou pas.. Tu peux améliorer tout Pilote mais le Talent reste « un cadeau ».. Cela sera forcément plus facile pour toi de devenir un Top Pilote dans le futur..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Doit-il être plus intelligent que les autres ou simplement posséder un meilleur sens du terrain.. ?

John Van Den BERK : C’est juste que le Pilote talentueux à l’origine est capable de réaliser des choses automatiquement là ou d’autres doivent les travailler.. Parce que le Pilote « talentueux » dépensera moins d’énergie que d’autres en restant par exemple plus longtemps debout sur la Moto.. Un Pilote peut avoir moins de caractère mais peut toutefois être un très bon Pilote..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : En ce qui concerne la « MXGP Academy » n’est-ce pas trop dangereux de donner l’opportunité à de très jeunes Pilotes de rouler sur un terrain de Grand Prix.. ?

John Van Den BERK : C’est une combinaison.. Pour les Teams c’est parfait car ils peuvent avoir un jeune Pilote au sein de leur Team et qui roulera lors du même week-end que le reste du Team.. Le problème que nous rencontrons c’est que le Timing est très chargé.. Ils roulent tôt le matin puis tard l’après-midi, donc la coupure est trop importante.. C’est un point sur lequel nous travaillons avec la FIM afin de trouver une solution pour le faire différemment.. Mais lorsqu’on regarde le programme de la journée, c’est déjà presque « impossible ».. Tout le monde veut rouler le même week-end parce qu’avant lorsque c’était séparé, les Pilotes devaient rouler dans leurs championnats et « performer » au sein de celui-ci et devenir Champions avant d’être Champions européens et nous avions alors 40 Pilotes.. Aujourd’hui ils sont 20.. Il y a la volonté de changer la situation mais cela reste très compliqué.. Peut-être dans le futur aurons-nous l’occasion de tous les faire rouler le samedi.. Toutes les Catégories grossissent et c’est difficile que tout le monde soit content.. Je comprends la situation mais c’est difficile de trouver la bonne « combinaison »..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Est-ce que tu penses ; comme beaucoup d’autres ; que le Motocross ces derniers temps est dans une mauvaise situation, principalement due à un manque cruel d’argent.. ?

John Van Den BERK : Oui.. Et le plus gros problème est que lorsqu’on regarde 21-23 ans en arrière, on se rend compte qu’il n’y avait pas tant de Teams et tant de Pilotes dans la Catégorie « MXGP ».. Toutefois, les quelques Top Pilotes actuels génèrent la plus grande partie de l’argent du Sport que l’on a jamais rencontrée dans le Motocross.. C’est une bonne chose comme pour Jeffrey HERLINGS par exemple..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Oui mais cela concerne toutefois une demi-douzaine de Pilotes..

John Van Den BERK : C’est exact, mais lorsque je roulais et que je terminais 5 ème je ne gagnais rien, il fallait décrocher un « Top 3 » pour gagner de l’argent.. Cela n’est pas survenu de nos jours mais tout au long de nombreuses années en arrière.. Ce qui se passe c’est que pour les jeunes Pilotes de 13-14-15 ans qui ont du Talent, les Teams de nos jours les signent sur de longues périodes donc aujourd’hui pour grandir au sein d’un Team, c’est plus facile.. Le problème est que si tu n’es pas dans le Top, tu dois parcourir plus d’étapes en amont afin de pouvoir espérer évoluer au Top.. Je pense que dans le futur ; et c’est une idée personnelle ; la Catégorie « MXGP » devrait être composée de 250 4 temps afin d’évacuer totalement la Catégorie 450 4 temps.. La Catégorie « MX2-Open » serait composée également de 250.. De cette façon nous aurions moins de blessures et la marche à franchir pour les jeunes Pilotes serait moins difficile car de nos jours les 250 sont vraiment très très rapides.. Les 450 4 temps sont trop puissantes, c’est un réel problème.. Les Pilotes utilisent moins de leur puissance qu’une 450 d’origine.. Les Usines doivent elles aussi prendre en compte ces données.. Les évolutions technologiques donnent autour des 42-43 chevaux aux 250 4 temps et c’est déjà bien assez pour tout le monde.. Je pense que l’on assisterait aussi à des courses plus intéressantes.. La Catégorie « MX2 » devient de plus en plus importante et la Catégorie « MXGP » de plus en plus difficile..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Cette année nous allons assister à une saison « sans Stefan EVERTS », est-ce normal.. ?

John Van Den BERK : Non.. Le Motocross pour Stefan c’est sa vie, il fait du bon boulot car les jeunes Pilotes deviennent plus forts à ses côtés et là cette année, « clac » tout s’arrête juste comme ça.. Ce n’est pas bon pour le Sport.. Cela est déjà arrivé par la passé avec certaines Usines dans les années ’90, 3 années plus tard, elles étaient de retour..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Es-tu plutôt positif et enthousiaste en ce qui concerne le Futur du Motocross ou plutôt pas.. ?

John Van Den BERK : Oui.. un des problèmes c’est que les quelques Top Pilotes génèrent la plus grande partie de l’argent à gagner.. Un des objectifs sera de trouver la bonne « balance » dans le Sport au niveau revenus générés et du nombre de Pilotes qui participent aux Championnats, mais ce n’est pas si facile.. Je l’ai vu des 2 côtés, en tant que Pilote et du point de vue de Youthstream et ce n’est pas facile de faire quelque chose de « correct » parce que tu dois avoir une vison « globale » du Sport, pas seulement en Europe, mais en ce qui concerne le prix à payer pour les Teams, c’est fou d’avoir à voyager en Argentine, au Mexique.. Cette saison devrait être moins difficile financièrement pour les Teams mais cela reste compliqué.. Paturel, par exemple, est un très bon Pilote, j’espère qu’il sera dans un bon Team Usine cette saison..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Tu as travaillé avec beaucoup de Pilotes mais finalement avec peu de Pilotes français, pourquoi.. ?

John Van Den BERK : Oui le langage est une barrière parfois.. Toutefois j’ai très bien travaillé avec Jeremy TARROUX mais il est certain que les blessures restent un problème dans une carrière de Pilote.. Sébastien POURCEL est venu une année ici en Espagne s’entraîner.. Toutefois je pense que le système français en ce qui concerne la préparation des Pilotes et leur évolution dans les différentes Catégories est certainement le meilleur du monde.. Ce qui fait qu’ils n’ont pas besoin de personnes comme moi ou Harry EVERTS.. La Fédération française Moto fait du bon boulot pour moi.. Cela fait très professionnel de l’extérieur.. La Hollande tire son épingle du jeu mais il est vrai que la Belgique ne fait plus partie des pays « de pointe «  en Motocross, et c’est triste..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Trouves-tu normal pour un Pilote de devoir payer pour rouler.. ?

John Van Den BERK : Cela m’est arrivé après deux années de blessures.. J’avais besoin d’une Machine au Top.. J’en ai alors loué une auprès de Sylvain GEBOERS, une Suzuki, et une autre année une Honda.. C’était beaucoup d’argent afin que je puisse rouler dans les meilleures conditions possibles pour me battre devant..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Que penses-tu du Challenge de Chad REED, peut-il gagner en achetant ses propres Motos et ses pièces cette saison.. ?

John Van Den BERK : Je pense que la Machine est bonne « à la base », l’Husqvarna marche fort.. Il va disposer d’un peu de soutien de la part de l’Usine.. Par contre « tout faire », trouver des sponsors, gérer les médias etc ce n’est pas bon pour l’énergie.. Je pense qu’il peut toujours réaliser de bons résultats..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Aujourd’hui nous nous trouvons face à 2 types de Carrières, l’une en Europe et en Championnat du Monde et l’autre aux États-Unis.. Pourquoi ne voyons-nous pas plus de Pilotes européens aller rouler aux États-Unis..

John Van Den BERK : Je pense déjà que rares sont les Pilotes Hollandais ou belges qui ont le rêve en eux d’aller rouler aux US.. C’est une question de « culture » des Pilotes.. Lorsque j’étais Champion du Monde, jeune je suis allé rouler des Supercross aux Etats-Unis et j’ai terminé en 5 et 6 ème positions et de retour en Europe j’ai battu Ricky JOHNSON, Jeff STANTON, Jeff WARD et j’aime d’ailleurs plus le Supercross que le Motocross..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Quelle est ton sentiment en ce qui concerne les terrains naturels versus les terrains artificiels.. ?

John Van Den BERK : Nous devons avoir des circuits durs et rapides comme nous avions dans le passé et aussi des terrains de sables profonds.. Quand tu es Pilote, tu dois être bon dans toutes les configurations de terrains..

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Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Que devrions-nous faire afin que le Motocross soit plus populaire auprès des Télévisions « mainstream » (ordinaires..).. ?

John Van Den BERK : C’est une situation délicate, si on prend le cas de Jeffrey HERLINGS, personne ne le connaît en tant que Pilote de Motocross en Hollande.. À mon époque, mon père était mon Manager et j’étais reconnu et connu par 70 % de la population en Hollande ( !).. J’ai décroché la seconde place de « Champion de l’année » par exemple.. C’est un problème du Motocross, on n’investit pas assez dans le management de la médiatisation auprès du grand public de notre Sport.. L’Italie le fait très bien, Antonio CAIROLI est très connu là-bas..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : T’arrive-t-il de rouler encore parfois.. ?

John Van Den BERK : Non, tu sais je suis tous les jours sur les terrains et j’ai vu trop de choses, des blessures de Pilotes , le danger.. Aujourd’hui j’ai 50 ans, je suis toujours prêt physiquement, je fais d’ailleurs l’entraînement physique avec mes Pilotes, mais je ne roule plus..

Jérôme FARAILL – MXVOICE.RACING : Dernière question, si tu avais à résumer le Motocross en 1 mot, quel serait-il.. ?

John Van Den BERK : Difficile, « Fantastique », le Motocross c’est toute ma vie..

(Exclusive Interview/Interview Exclusive © 2018 MXVOICE.RACING – Jérôme FARAILL, Photos : Facebook  Et JVDBERK Website , MXGP Academy « Thanks John.. ! »)

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